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Cheikh Tidiane Dièye : L’IGE, une institution “ligotée et confinée…”

Dimanche 26 Juillet 2020

Cheikh Tidiane Dièye : L’IGE, une institution “ligotée et confinée…”

Cheikh Tidiane Dièye plaide pour la soustraction de l’Inspection générale d’Etat (IGE) de la tutelle de la Présidence de la République. Aussi, pour le coordonnateur de la plateforme «Sénégal Binu Bëgg», on peut bien s’interroger, en effet sur l’utilité de ces rapports à partir du moment où leur publication ne change rien dans les pratiques et les comportements des agents publics.

Elle n’améliore pas non plus la qualité de la gouvernance du pays qui, d’un régime à l’autre, se reproduit avec les mêmes tares et les mêmes déficiences. Mais soyons clairs. Ce qui est en cause ce n’est pas l’IGE en tant qu’institution encore moins son personnel qui est composé, pour la plupart, de hauts cadres très compétents. L’IGE peut bien assumer ses missions lorsqu’on lui demande de faire son travail et qu’on lui laisse les coudées franches pour mener ses audits avec rigueur et objectivité. Et à chaque fois qu’il en est ainsi, on voit apparaître les mêmes fautes de gestion, les détournements de deniers publics et le gaspillage des ressources de l’Etat qui sont situés et datés“, souligne-t-il.

L’IGE, une institution “ligotée” et “confinée”…

D’après lui, le problème se trouve plutôt dans la façon dont elle est utilisée par le pouvoir et l’usage qui est fait de ses rapports. “A ce niveau, l’IGE, comme les autres corps de contrôle, a rarement servi à autre chose qu’à fournir au Président des arguments pour s’en prendre à ses opposants. En dépit de son importance dans le dispositif de contrôle, elle n’aura aucun impact tant qu’elle ne regardera que là où lui indique le président de la République et que ses rapports ne seront destinés qu’à ce dernier. Elle semble être une institution ligotée et confinée…“, regrette le Directeur exécutif de «Enda CACID».

Auditions sélectives…

Non sans rappeler l’affaire Khalifa Sall qui, dit-il ne pas comprendre “pourquoi le rapport de l’IGE a été traité avec une vitesse supersonique alors que pour tous les autres rapports qui épinglent des gestionnaires de structures publiques et parapubliques proches du régime, le pouvoir ne lève pas le petit doigt. Rien ne justifie que certaines institutions soient auditées et pas d’autres.

Soustraire l’IGE de la tutelle…

A cet effet, il estime qu’il faut donc “une véritable réforme qui, pour être efficace, ne peut passer que par la soustraction de l’IGE de la tutelle de la Présidence de la République. La Commission Nationale de Réforme des Institutions a fait d’intéressantes propositions dans ce sens. Il appartient au président de la République d’en faire œuvre utile. S’il souhaite que notre pays soit classé au même rang que le Botswana, le CapVert, le Rwanda et l’Ile Maurice, entre autres, en matière de gouvernance, c’est la voie qu’il doit suivre. Il sortirait alors très honorablement de sa mission.

Déclaration patrimoine…

Demander aux ministres et à tous ceux qui sont visés par la déclaration de patrimoine de respecter la loi ne devrait pas être vu comme un acte extraordinaire. Ce n’est pas un gage de transparence et n’incline nullement à penser qu’il y aurait un changement dans les pratiques du pouvoir. Il y a plus d’un an que tous auraient dû se soumettre à cet exercice obligatoire, y compris le Président lui-même. Quelle partie de leur patrimoine vont-ils maintenant déclarer ? Ce qu’ils ont acquis avant ou après leur entrée en fonction ? On sait qu’il est si facile de s’enrichir dans nos pays lorsqu’on gère des ressources hors de tout contrôle ou lorsqu’on est sûr de bénéficier de la protection du chef“, renchérit M. Dièye.

Litige foncier à Ndingler : Babacar Ngom et les populations “victimes”

L’Etat semble être surpris et dépassé. Il ne s’attendait peut-être pas à l’éclatement d’une crise de cette envergure, qui met à nu les errements, le laxisme et le manque de vision d’ensemble qui entourent la gestion du foncier. Babacar Ngom comme les populations de Ndingler sont tous victimes des dysfonctionnements de l’Etat et des pratiques des collectivités locales. Le problème de Ndingler n’est ni le premier ni le plus important des conflits relatifs à la gestion des ressources foncières au Sénégal. S’il a retenu autan les attentions et suscité des débats et des controverses, c’est en partie à cause d’une conjonction de facteurs qui sont liés, tout à la fois, au contexte de crise que nous vivons, à la qualité des protagonistes impliqués et aux actes posés par l’Etat“, analyse Cheikh Tidiane Dièye.

Trop grande liberté…

Regrette-t-il que “cette crise a révélé la facilité, pour ne pas dire le laxisme avec lequel les collectivités locales attribuent les terres du domaine national souvent dans l’opacité totale, en violation des lois et en contradiction avec les principes les plus élémentaires de l’équité et de la justice sociale. Elle a aussi montré la trop grande liberté que se donne le président de la République en matière de déclassification de réserves foncières protégées et d’octroi de titres fonciers à des privés nationaux ou étrangers. Or depuis la Constitution de 2016, qui reconnaît et garantit la pleine propriété du peuple sénégalais sur les ressources naturelles, toutes les lois qui encadrent le foncier, comme les autres ressources, devraient être revues et adaptées…

 
Lexpress.sn

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